L’art de décevoir ses parents

Michael Bordt, professeur de philosophie à l’Ecole de philosophie de Munich, a le sens de la formule, le titre de son dernier ouvrage ne laisse pas indifférent.

Il y aurait donc des bénéfices à décevoir ses parents ?

Le fait de les décevoir  relèverait  d’un art ?

Ne sommes nous pas éduqués à « honorer nos père et mère », à accepter qu’ils sachent mieux que nous pour nous, à tolérer leur autorité ?

Michael Bordt nous invite à faire un pas de côté pour interroger la relation à nos parents et explorer la manière dont nous sommes encore fille ou fils de ?

Quelle part de nous veille encore à ne pas les froisser, à obtenir d’eux le regard, la chaleur qu’on n’a jamais perçus ?

D’où vient notre incorrigible espoir de parvenir un jour à la hauteur de leurs attentes ?

Les personnes que j’accompagne connaissent mon goût pour le travail sur leur « enfant intérieur ».

Ma croyance est que les endroits où nous n’avons pas été reconnus, consolés, aimés, rassurés, continuent d’alimenter des attentes, des désirs, des fantasmes de réparation. Tous les « quand je serai grand(e) » qui nous ont aidés dans les moments de grande solitude ont construit en nous une image idéale dont nous n’avons plus conscience mais qui, dans nos moments de doute, déclenche un regard critique, un sentiment d’insuffisance voire de haine de soi.

Il est difficile le chemin qui nous permet de faire la part des choses entre notre expérience propre, nos ressentis profonds et l’emprise sous laquelle notre dépendance d’enfant nous a placée. Difficile de rester fidèle, de faire confiance à ce que nous dictent nos sensations, nos sentiments.

Michael Bordt nous invite à prendre le risque de la déception en ne cherchant plus à deviner et à nous conformer à ce que nous croyons que les autres attendent de nous mais en nous situant au plus près de nos besoins, de nos désirs.

« Toute déception est une libération » clame l’auteur car quand elle parait, elle révèle un décalage entre nos représentations et la réalité, entre l’image que je me faisais de moi ou des autres et celui ou celle que je suis réellement.

La déception nous renvoie à nos limites mais aussi à notre capacité d’autodétermination. Savons nous décider de ce qui est bon pour nous ? Osons nous assumer notre part de vulnérabilité ?

Prendre au sérieux notre point de vue sur le monde serait le début de cette autodétermination.

Il est quasi impossible de ne pas décevoir ses parents. D’abord parce qu’on est toujours un enfant rêvé, celui que nos parents ont imaginé pendant le temps de notre gestation mais aussi et peut-être surtout parce que nous n’appartenons pas au même temps que celui de nos parents.

Nous sommes les fils et les filles d’une nouvelle génération, nous grandissons dans une autre culture, avec d’autres influences sociales. Les valeurs que nous défendons sont différentes de celles de nos parents. Il en est ainsi pour chaque nouvelle génération.

A l’âge adulte, la difficulté vient souvent du fait que les parents tiennent à leur rôle, qu’ils sont incapables de quitter la place qu’ils occupaient lorsque nous étions enfants.

Ils ont longtemps bénéficié d’une longueur d’avance sur nous, ils continuent de voir en nous l’enfant que nous étions.

C’est donc aux enfants qu’incombe la charge d’abandonner toute attribution de rôle en opposant, de l’intérieur, « une force et une souveraineté qui fixent, le cas échéant, des frontières très claires dans le monde extérieur. »

C’est aux enfants devenus grands qu’il appartient de construire une relation parent-enfant dans laquelle des adultes se rencontrent en tant qu’adultes.

 

L’art de décevoir ses parents. Michael Bordt.

First Editions

 

 

 

 

 

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